SOURCE CHRÉTIENNE · 1691–1693 · XVIIe siècle

Balthasar Bekker : croire en Dieu sans céder à la peur

Un pasteur réformé hollandais confronte les récits de pouvoirs occultes à la lecture biblique et au raisonnement critique.

Quatre volumes au tournant du XVIIIe siècle

Le pasteur réformé Balthasar Bekker publie De betoverde weereld, souvent traduit par Le Monde enchanté, de 1691 à 1693. La Digitale Bibliotheek voor de Nederlandse Letteren met en ligne le texte néerlandais original, ses divisions en livres et chapitres et des reproductions. Il ne faut pas réduire quatre volumes à une unique déclaration antireligieuse.

Les deux premiers volumes paraissent en 1691 et les deux autres en 1693 ; la querelle provoquée par l'ouvrage se déroule à l'intérieur du protestantisme néerlandais. Une étude de Lesley Monfils retrace sa diffusion et les sanctions prises à l'encontre de son auteur, notamment sa déposition en 1693.

Sources de cette section : [1] [3]

↑ Revenir au plan

Ce qu'affirme Bekker et ce qu'il discute

Dans une préface à l'ouvrage, Bekker affirme notamment que la chute des anges et l'existence du diable appartiennent à son horizon scripturaire. Il insiste néanmoins sur la nécessité de ne pas imaginer partout une action démoniaque agissant directement sur les affaires humaines. Son raisonnement conteste la crédulité, pas simplement la foi chrétienne.

Au premier livre, chapitre VI, il interroge la preuve de l'existence des esprits en dehors de la révélation. Au chapitre VII, il introduit une distinction logique décisive : une chose peut être possible sans être établie comme réelle. Dans son texte néerlandais se trouve la maxime latine ab eo quod esse potest ad illud quod est non valet consequentia ; autrement dit, la possibilité ne démontre pas le fait.

Sources de cette section : [1] [2] [4]

↑ Revenir au plan

Pourquoi cette critique a suscité une polémique

En réduisant la place accordée à l'action des esprits dans l'explication des phénomènes ordinaires, Bekker touche des habitudes de lecture de la Bible et des pratiques pastorales. Les débats ne peuvent être décrits comme une lutte simple entre savants modernes et religieux ignorants : les protagonistes discutent au sein d'institutions et de traditions chrétiennes.

Les résistances sont attestées par des controverses imprimées et par l'histoire de la publication. Mais la déposition du pasteur ne permet pas de conclure que tous les protestants partageaient l'avis de ses contradicteurs. Il faut distinguer les arguments théologiques, la réception publique et les décisions ecclésiastiques locales.

Sources de cette section : [3] [4]

↑ Revenir au plan

L'intérêt chrétien : ne pas donner à la peur une autorité

Le lecteur qui affirme la souveraineté de Dieu et l'enseignement de Jésus-Christ peut examiner sans contradiction les prétentions de voyants, de guérisseurs et de vendeurs de protections spirituelles. Une impression, un récit, un geste rituel ou une guérison attribuée à des forces occultes n'identifient pas à eux seuls une cause surnaturelle.

Une possibilité doctrinale n'est pas un constat, et un constat matériel demande des méthodes adaptées : témoignage indépendant, contrôle des circonstances et, pour les soins, évaluation scientifique. Bekker ne devient pas pour autant le précurseur exact des protocoles cliniques contemporains.

Sources de cette section : [1] [2]

↑ Revenir au plan

La comparaison contemporaine

Les récits viraux d'objets maudits, de pouvoirs de protection ou d'interventions surnaturelles peuvent être pris au sérieux comme discours social sans être tenus pour démontrés. Le langage a changé ; la question du passage de la possibilité à l'affirmation reste reconnaissable.

Pour Déciller, l'enjeu n'est pas de nier par principe l'expérience religieuse des personnes, ni de promouvoir les pratiques occultes. Il est d'examiner les actes, les promesses, les preuves et les risques, sans flatter la peur ni stigmatiser ceux qui cherchent des réponses.

Sources de cette section : [2] [3]

↑ Revenir au plan

Hier et aujourd’hui : ressemblances et évolutions

Une question qui revient : La confusion possible entre un phénomène théoriquement concevable et une action effectivement constatée.

Ce qui a changé : La méthode et les connaissances scientifiques actuelles dépassent la philosophie naturelle de Bekker.

Ce que les sources ne permettent pas d'affirmer : La critique d'une explication surnaturelle n'établit pas à elle seule la cause naturelle de chaque cas.

Sources de cette section : [1] [2]

↑ Revenir au plan

Questions pour discerner

  1. La source établit-elle un fait ou seulement sa possibilité dans une doctrine ?
  2. Un récit sensationnel est-il confirmé par des observations indépendantes ou par sa seule répétition ?

Ce qui reste à approfondir

Les passages néerlandais sont paraphrasés en français, sauf la maxime latine reproduite brièvement. Aucun passage complet n'a fait l'objet d'une traduction philologique publiée par Déciller.

Sources documentaires

  1. Digitale Bibliotheek voor de Nederlandse Letteren, Balthasar Bekker, De betoverde weereld (1691–1693), texte et table des matières
  2. Bekker, De betoverde weereld, livre I, chapitre VII, texte néerlandais et maxime latine sur possibilité et existence
  3. Lesley Monfils, « Een boek gaat door de wereld », Jaarboek voor Nederlandse boekgeschiedenis, 11 (2004), diffusion et réception
  4. Bekker, De betoverde weereld, préface, déclarations chrétiennes et réponses aux accusations d'incroyance

Les renvois identifient les documents mobilisés ; leur présence ne vaut pas approbation globale du contenu des sources externes.

Toute la chronologie Répertoire des pratiques