Enquête suisse · Santé et guérison

Le « secret » et les guérisseurs romands

En Suisse romande, des personnes transmettent des formules de « secret » présentées comme capables d'agir sur certaines douleurs ou brûlures.

Une pratique culturellement située

En Suisse romande, les « faiseurs de secret » sont sollicités pour des brûlures, mais aussi pour d'autres maux. Certaines personnes transmettent une formule, parfois sous la forme d'une prière, qui doit être dite selon des règles particulières. L'intervention peut avoir lieu sans présence physique, notamment au téléphone. L'expression « coupeur de feu » désigne une partie de cet univers traditionnel, mais tous les usages du « secret » ne sont pas identiques.

Les pratiques locales, souvent transmises dans les familles, ont une forte dimension culturelle. Certaines utilisent un vocabulaire chrétien, tandis que d'autres insistent surtout sur un don, une transmission ou une formule. Parler du « secret » au singulier ne doit donc pas effacer la diversité des paroles, des croyances, des gestes et des relations avec les patients.

Sources de cette section : [1] [2]

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Une enquête auprès du Centre des brûlés du CHUV

Une enquête qualitative observationnelle publiée en 2019 dans Annals of Burns and Fire Disasters porte sur 36 soignants du Centre des brûlés de Lausanne (11 médecins, 14 infirmiers, 5 physiothérapeutes et 6 aides-soignants) et 12 patients ou proches. Trente-trois professionnels estimaient le « secret » utile et susceptible de réduire la douleur. Ces chiffres expriment des convictions déclarées, et non une efficacité clinique mesurée.

Quarante-sept professionnels sollicités n'ont pas participé. Onze des douze patients ou proches avaient contacté un guérisseur ; les participants présentaient le « secret » comme un complément aux soins. Sans randomisation, comparateur, mesure indépendante de la cicatrisation ou de la douleur, cette enquête ne démontre ni effet spécifique de la formule ni mécanisme surnaturel.

Sources de cette section : [1]

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Pourquoi les professionnels peuvent-ils accueillir la demande ?

Un service de brûlés prend en charge non seulement des lésions, mais des personnes confrontées à la peur, à la douleur, parfois à un traumatisme majeur. L'écoute des croyances familiales peut faciliter le dialogue, diminuer l'anxiété ressentie et préserver la confiance dans l'équipe médicale. Reconnaître une pratique culturellement importante ne revient pas à certifier son mécanisme ni son efficacité.

Dans la recherche lausannoise, des soignants distinguaient l'intérêt possible pour le bien-être et l'absence de démonstration de l'action propre du « secret ». Cette attitude de tolérance pragmatique ne saurait être transformée en recommandation universelle. Une personne doit recevoir les premiers soins appropriés et consulter immédiatement si la gravité de la brûlure le justifie.

Sources de cette section : [1] [3]

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Ce que cette étude ne mesure pas

Une opinion favorable d'un professionnel hospitalier n'est ni une prescription générale ni une preuve d'efficacité. L'écoute des croyances des patients peut améliorer la relation de soin sans établir l'existence d'un pouvoir guérisseur.

La vérification d'un effet antalgique spécifique exigerait des critères cliniques définis à l'avance, une comparaison contrôlée et une prise en compte des soins reçus simultanément. Les brûlures importantes nécessitent toujours des soins médicaux adaptés.

Sources de cette section : [1] [3]

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Prière chrétienne ou formule investie d'un pouvoir ?

Pour Déciller, la distinction théologique ne réside pas dans la simple présence du nom de Dieu ou de mots religieux. Une prière libre, adressée à Dieu sans prétention de contrainte, n'est pas équivalente à une formule supposée produire mécaniquement un effet lorsqu'elle est prononcée dans un ordre déterminé. La compréhension du praticien et le sens donné à la transmission comptent davantage que la seule apparence chrétienne du texte.

Il faut demander ce qui est dit, à qui la parole est adressée, si une puissance particulière est attribuée à la personne ou à la formule et si l'on impose le secret par peur de perdre un « don ». Le fait qu'une tradition soit ancienne ou appréciée ne résout pas sa compatibilité avec les convictions du lecteur. Inversement, elle ne permet pas de juger à distance la foi, la sincérité ou l'intention du guérisseur.

Sources de cette section : [1] [4]

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Critères de discernement et protection des patients

Un chrétien peut refuser une formule dont il ne connaît pas le sens ou qu'il interprète comme un rite étranger à sa foi. Il peut également prier et demander librement un accompagnement pastoral. Il n'est pas nécessaire, pour justifier ce refus, d'affirmer qu'une personne a été « liée » spirituellement à son insu. Cette accusation n'est pas un résultat médical ou historique.

En pratique, la sécurité prime : ne jamais retarder les soins d'urgence, ne jamais interrompre le traitement des brûlures, signaler toute intervention parallèle aux soignants et éviter les personnes qui promettent une cicatrisation certaine. Le discernement peut être ferme sur les doctrines et serein à l'égard des personnes.

Sources de cette section : [1] [3] [4]

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Questions pour discerner

  1. La formule est-elle connue et comprise, ou tenue secrète même pour le patient ?
  2. La personne invoque-t-elle Dieu, un « don » personnel ou un pouvoir dont le mécanisme est affirmé ?
  3. S'agit-il d'un soutien spirituel demandé librement ou d'un substitut aux soins ?
  4. La réputation d'une tradition est-elle présentée à tort comme une preuve clinique ?

Ce qui reste à approfondir

La recherche lausannoise porte sur des représentations et expériences déclarées dans un échantillon restreint. Il reste à examiner les essais contrôlés éventuels et les études ethnographiques suisses, sans confondre leurs objectifs.

Sources documentaires

  1. Enquête originale au Centre des brûlés de Lausanne, Annals of Burns and Fire Disasters (2019), texte intégral
  2. Université de Lausanne, Place des faiseurs de secret au Centre des brûlés du CHUV (PDF)
  3. CHUV, Centre romand des brûlés : la recherche sur les brûlures
  4. Didachè, étude des deux voies et du discernement des enseignants

Les renvois identifient les documents mobilisés ; leur présence ne vaut pas approbation globale du contenu des sources externes.

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Ces accès conduisent à la traduction et à l’édition de Pierre-Alain Savoy sur savoy.fr : ce sont des ressources textuelles à comparer aux éditions critiques indépendantes, non des preuves externes de nos conclusions. Jacques 5 distingue la prière communautaire d'une prétention thérapeutique fondée sur une formule secrète. Ce parallèle ne juge pas l'intention des guérisseurs.

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