SOURCE CHRÉTIENNE · vers 1435–1438 · XVe siècle
Johannes Nider : le Formicarius et les témoignages sous contrainte
Un dominicain du concile de Bâle transmet des récits de sorcellerie ; ses sources et leur mode d'obtention doivent être interrogés.
Un dialogue de réforme et une histoire éditoriale
Le dominicain Johannes Nider rédige le Formicarius pendant les années 1430, dans le contexte des réformes religieuses et du concile de Bâle. Le livre est structuré comme un dialogue édifiant : un interlocuteur demande des éclaircissements à un théologien. La sorcellerie y occupe particulièrement le livre V, sans résumer le projet entier de l'ouvrage.
La bibliothèque universitaire de Tübingen diffuse sous la cote Gb 473 a une édition latine de 1602, organisée en cinq livres (livre V, pages 331–431), avec des annotations de Georges Colvener. Cette édition est un témoin de la transmission imprimée, pas le manuscrit autographe des années 1430. Une édition et traduction des passages concernés figure également dans L'imaginaire du sabbat, Lausanne, 1999.
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↑ Revenir au planLe livre V : qui rapporte quoi ?
Au livre V, chapitre 3, Nider attribue certains récits à des membres de sa faculté et à un magistrat bernois. Il rapporte des propos sur des prétendus maléfices et sur des accusations concernant des habitants d'une région relevant alors du diocèse de Lausanne. La provenance d'une information n'est pas son indépendance : plusieurs récits peuvent remonter à la même enquête.
Dans la traduction anglaise publiée par l'Internet Medieval Sourcebook de Fordham à partir d'une édition ancienne, le récit évoque expressément la torture et la confession. Une déposition recueillie sous la contrainte ne saurait établir à elle seule une action surnaturelle. En outre, les accusations de maléfice ne sont pas des descriptions médicales fiables de la cause d'une fausse couche, d'une maladie ou d'une mort animale.
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↑ Revenir au planLa chaîne de confiance et ses défauts
Une œuvre théologique peut citer un juge qu'elle qualifie d'honnête tout en dépendant des méthodes de ce juge. Si celui-ci obtient des aveux sous menace ou torture, le témoignage doit être replacé dans le contexte de la procédure et des réponses que les accusateurs s'attendaient à entendre.
L'historien distingue ici la confiance déclarée envers l'informateur, les pratiques judiciaires documentées et la réalité matérielle des accusations. Le récit ne donne ni série statistique indépendante ni expérimentation reproduite. L'édition critique doit déterminer ce que chaque version du texte dit exactement avant que l'on cite une formule.
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↑ Revenir au planLe désaccord chrétien est historiquement possible
Nider appartient à une période où les théologiens ne partagent pas tous une seule théorie des accusations. La critique d'une procédure injuste ne revient pas à adopter la pratique occulte incriminée. Les réponses chrétiennes au danger allégué se mesurent aussi à la protection de la vérité et des personnes.
Plus tard, Weyer, Scot, Salazar Frías et Spee opposeront d'autres objections aux déductions judiciaires ou à la torture. Leur succession peut illustrer l'évolution d'un débat ; elle ne prouve pas une filiation directe de leurs arguments à partir du Formicarius.
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↑ Revenir au planLire Nider aujourd'hui sans répéter l'accusation
Face à une vidéo virale, à une dénonciation publique ou à un récit de guérison surnaturelle, le lecteur peut retrouver la question centrale : qui a effectivement vu quoi, et dans quelles conditions ? Une pluralité de copies d'un témoignage ne produit pas de nouvelles observations.
Le discernement chrétien peut questionner les promesses, les rites et les risques concrets sans transformer des récits de peur en preuves. Les sciences médicales et les procédures de justice actuelles disposent de méthodes distinctes de la théologie de Nider.
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↑ Revenir au planUn manuscrit et une édition imprimée : identifier le bon témoin
Le catalogue manuscripta.at décrit au monastère de Göttweig le Codex 272 (rouge) / 292 (noir), manuscrit composite contenant le Formicarius de Nider aux folios 2ra–135vb. Un colophon donne la date du 18 août 1455, mais l'étude des filigranes propose pour une partie du recueil une datation vers 1470–1475 : il faut conserver et expliquer cet écart plutôt que qualifier sans réserve toute la copie de manuscrit de 1455.
L'exemplaire latin imprimé de 1602 numérisé par l'Université de Tübingen porte la cote Gb 473 a et le DOI 10.20345/digitue.24054. Sa table numérique situe le livre V aux pages 331–431. L'année 1602 décrit un état imprimé enrichi par les annotations de Georg Colvener, distinct du contexte de composition des années 1430 et des copies manuscrites du XVe siècle. Le livre V, chapitre 3, requiert encore une collation du latin avant de publier une traduction inédite.
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↑ Revenir au planHier et aujourd’hui : ressemblances et évolutions
Une question qui revient : La confiance accordée à une autorité qui rapporte des aveux et des témoignages.
Ce qui a changé : Les méthodes modernes de justice et de contrôle des preuves sont différentes des procédures évoquées par Nider.
Ce que les sources ne permettent pas d'affirmer : Une information obtenue sous torture ne devient pas fiable par répétition dans un traité.
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↑ Revenir au planQuestions pour discerner
- Le témoin est-il direct, indirect ou cité par une autorité qui pratique la torture ?
- Une édition imprimée en 1602 reproduit-elle sans variantes un état du texte des années 1430 ?
Ce qui reste à approfondir
Les versions manuscrites et les passages latins n'ont pas été collationnés intégralement. Les récits de torture sont étudiés pour leur valeur critique et ne justifient aucune accusation.
Sources documentaires
- Universitätsbibliothek Tübingen, Johannes Nider, Formicarius, édition latine annotée de 1602, livres I–V
- Ostorero et al. (dir.), L'imaginaire du sabbat, Lausanne, 1999 : édition et traduction des extraits du Formicarius (notice BnF)
- Fordham University, Medieval Sourcebook : traduction anglaise ancienne du Formicarius, livre V, chap. 3
- The Medieval Review, compte rendu du livre de Michael D. Bailey, Battling Demons (2003)
- Manuscripta.at, catalogue du manuscrit de Göttweig, Cod. 272/292, Formicarius fol. 2ra–135vb, colophon 1455 et analyse des filigranes
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